vendredi, 09 décembre 2005
La Chambre des Morts
Noyés sous une encombrante pléiade d'auteurs britanniques et américains - certains talentueux, d'autres médiocres, beaucoup vendeurs - les auteurs de thrillers policiers français surnagent péniblement dans ce petit mais impitoyable monde de l'édition française. Un Chattam, un Grangé ont certes réussi à faire leur trou (j'ai trouvé Le Vol des Cigognes très original par exemple, et le Chattam que j'ai commencé s'annonce particulièrement morbide) mais
ce ne sont que de brillantes exceptions dans un désert de créations made in France. A vrai dire, peu importe l'origine de l'auteur, on se contrefiche de sa nationalité, mais on s'interrogeait tout de même sur cette faiblesse dans ce genre particulier du thriller alors que nos auteurs de policier, emmenée par Fred Vargas, réussissaient à tirer dans le même temps leur épingle du jeu...
C'est dans ce contexte que j'ai eu un plaisir immense à lire en quelques soirées un bouquin qui restera en bonne place dans ma bibliothèque, j'ai nommé La Chambre des Morts, aux éditions du Passage. Non, ce bouquin ne renouvelle pas le genre, loin de là (je lui trouve par moments un côté très "Le silence des Agneaux", vous comprendrez en le lisant...), mais disons qu'il donne un bon coup de pied au c... à ce monde bien tranquille de l'édition française, plus préoccupée à sortir le chéquier pour traquer le gros gibier anglo-saxon et à se regarder le nombril à l'occasion de ces ennuyeuses rentrées littéraires, qu'à éditer des auteurs du calibre de Frédéric Thilliez.
Chez ce petit éditeur, cet ouvrage aurait été condamné à un anonymat certain sans le petit miracle du bouche à oreille des libraires, relayé par 2 chroniques télé (dont 1 du patron de la griffe noire, à St Maur, dans l'émission "Le magazine de la santé" (!) ; au fait, petit aparté, cette librairie a-t-elle toujours des chiottes dans sa vitrine, pour exposer les plus belle m... publiés ?). Un succès relayé ensuite dans nombre de librairies, dont le rôle prescripteur n'est plus à démontrer, puis sur les sites marchands de vendeurs de bouquins.
La force du roman, c'est cette touche sociale toujours présente, que ce soit dans les déboires des 2 héros, au chômage, déséspérés, ou dans les sombres descriptions d'une région en souffrance, le Nord. Parfois promoteur
touristique de sa région, l'auteur s'égare parfois dans des poncifs du style "dans le Nord, le temps est pourri, c'est moche à pleurer, mais ce que les gens sont sympas". On ne lui en tiendra pas rigueur, loin de là, tant l'histoire est prenante, bien écrite, et la folie meurtrière de cerveaux torturés bien contrôlée, dans un scénario que le cinéma va vous mettre en boîte d'ici peu, je vous colle un billet là-dessus.
"La chambre des morts" est bien la preuve qu'il est inutile de délocaliser les histoires au bout du monde. Ecrire des bons bouquins avec des héros s'appelant Sylvain, Lucie et Jean-Pierre, avec pour cadre les zones industrielles de Dunkerque et de la Grande-Synthe, c'est possible. Le début d'une longue série, par Thilliez, dans le Nord ou ailleurs, ou par d'autres, en Mayenne ou ailleurs...
00:10 Publié dans Livres : lectures & critiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature


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